Se réapproprier la mort

Il est, dans l'univers, une condition qui s'applique à tout ce qui vit, à tout ce qui existe : l'impermanence. Tôt ou tard, nous sommes tous confrontés à notre fin. Même le soleil, qui nous éclaire depuis des temps immémoriaux, finira un jour par s'éteindre. Ce n'est qu'une question de temps.

La mort, que nous redoutons tant, fait donc partie d'un cycle qui constitue le fil même de l'existence. La naissance d'un être est toujours considérée comme un événement heureux. Les étapes ultérieures de sa vie le seront de même, jusqu'à ce que l'incapacité physique due au vieillissement ou à la maladie, ne vienne rappeler qu'elle n'est pas éternelle. Cette perspective, contrairement à la naissance, n'est généralement pas accueillie avec sérénité. La culture dans laquelle nous évoluons et qui nous a forgés, porte à éluder la mort qui est sujet tabou. Dans ce monde qui nous inonde de publicité misant systématiquement sur la jeunesse, la beauté et la performance, le trépas n'est pas un sujet que l'on se plait à aborder.

Autrefois, avant que la science médicale ne vienne changer radicalement la donne, la mort faisait partie du quotidien. Elle rôdait aux alentours et les gens étaient conscients de sa présence. La visite de cimetières du début du XXe siècle ou d'une période antérieure, ne manque pas de nous éclairer à ce sujet. Sur les épitaphes, il est courant d'y retrouver les noms de jeunes ayant à peine 20 ans, parfois moins, et beaucoup de bébés… Aussi, le rituel chrétien du mercredi des cendres prenait-il toute sa signification : il conviait les gens à réfléchir sur la nature limitée de la vie et à l'humilité qui devrait nous habiter. D'ailleurs, d'autres grandes religions, comme le bouddhisme, par exemple, nous invitent pareillement à la réflexion sur l'impermanence.

Aujourd'hui, la mort est aussi inéluctable qu'auparavant. Elle se fait simplement plus discrète par les artifices que nous déployons pour ne pas la voir. Cependant, de plus en plus de gens manifestent le désir de se réapproprier cette ultime étape de la vie. Le projet d'une maison de soins palliatifs va également dans ce sens. En permettant à la personne en phase terminale et à ses proches de vivre ensemble ces derniers et précieux moments, elle favorise l'émergence d'une toute nouvelle prise de conscience de la mort et du processus de deuil qui l'accompagne.

Nous espérons que la Maison de soins palliatifs saura, par le biais de ses services, être porteuse d'une nouvelle attitude au sujet de la mort en la reconnaissant, à l'instar de Mme Élisabeth Kublër-Ross, comme l'étape ultime de la croissance.

Jacques Mercier
Organisateur communautaire

Élisabeth Kubler-Ross, M.D est psychiatre et considérée comme une sommité mondiale pour ses ouvrages sur la mort et le mourir.
http://www.elisabethkublerross.com

 

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